Interview de Paulette Guinchard, présidente du Conseil de la CNSA

Femme de terrain, Paulette Guinchard s’est progressivement tournée vers la vie politique locale. Chargée par le gouvernement de Lionel Jospin du rapport Vieillir en France, qui a servi de base à l’élaboration du projet de loi créant l’allocation personnalisée d’autonomie, elle est nommée secrétaire d’État aux Personnes âgées en 2001. Présidente de la Fondation nationale de gérontologie depuis janvier 2013, elle a été élue présidente de la CNSA le 15 octobre 2013.

Vous avez été secrétaire d’État aux Personnes âgées. Quel parcours vous a conduite jusqu’à la présidence de la CNSA ?

Je ne parlerais pas de parcours, mais plutôt de convictions acquises avec l’expérience professionnelle et personnelle.
Depuis une cinquantaine d’années, nos sociétés, la France comme d’autres pays occidentaux, ont montré une vraie volonté de reconnaître et de donner leur place aux personnes en difficulté dans la vie quotidienne. Je souhaite participer à cette évolution. La CNSA formalise cette façon de construire une relation aux personnes fragiles. Elle structure les enjeux, la connaissance des besoins de ces personnes. Le chemin parcouru est long, mais cela ne suffit pas. Il reste encore du travail. Pour cela, il faut des moyens, des moyens financiers, mais pas seulement. L’accompagnement des personnes âgées ou handicapées passe aussi par l’organisation du travail, les coopérations...
Le Conseil de la CNSA se caractérise par sa diversité et les sensibilités différentes qui s’y expriment. Comment s’accorder sur l’essentiel ?

Le Conseil de la CNSA, c’est la rencontre de deux mondes, celui du handicap et celui du grand âge, qui, tout en gardant leurs spécificités, s’accordent sur l’essentiel : la place de la personne. En reconnaissant la citoyenneté des personnes fragiles, on développe de nouvelles relations au sein de la société. On ne se limite plus à la simple relation de prise en charge, on va au-delà, on fait évoluer le rôle de chacun. Depuis bientôt dix ans, l’expérience montre que chacun s’écoute et s’enrichit de ses différences. Ce qui est bon pour l’un peut l’être pour l’autre. C’est une force.
Ce Conseil se distingue effectivement par sa composition. Il n’est pas si courant que des représentants associatifs siègent au conseil d’administration d’une agence nationale. C’est une chance et un progrès de pouvoir défendre ainsi l’intérêt des personnes dans les politiques publiques face aux décideurs (État et conseils généraux).

Quels sont vos projets pour la CNSA durant les quatre prochaines années ?

Ils sont nombreux. L’un des premiers est de mettre en application la convention d’objectifs et de gestion qui lie la CNSA à l’État et fixe finalement notre feuille de route : mettre en œuvre une politique de compensation individuelle de la perte d’autonomie équitable et de qualité ; améliorer la connaissance des enjeux de la perte d’autonomie ; assurer le suivi des financements aux établissements et services médico- sociaux tout en garantissant un accès à une offre de qualité. En parlant d’offre, la CNSA devra accompagner la mise en œuvre du nouveau plan autisme, qui prévoit la création de nouvelles places, la formation des aidants et des professionnels...
Je souhaite que la CNSA continue à structurer l’accompagnement à domicile des personnes âgées et des personnes handicapées, car la tâche est immense ! Elle soutient déjà une soixantaine de conseils généraux et plusieurs fédérations de services d’aide à domicile qui ont développé un programme de modernisation des services et de formation des professionnels. L’enjeu est que les professionnels fassent « avec » et non pas « pour » les personnes.
Je compte aussi sur le Conseil scientifique et l’Observatoire du marché et des prix des aides techniques pour nous éclairer sur les freins à l’innovation dans notre secteur. Par exemple, pourquoi les personnes âgées n’ont-elles pas plus recours aux aides techniques ? Actuellement, ce sont plutôt les personnes de 60 ou 70 ans qui installent des monte-escaliers. On peut se féliciter qu’elles prennent les devants, mais ce sont surtout les octogénaires qui en auraient besoin.
Il me semble important, aussi, de travailler au décloisonnement des mondes sanitaire et médico-social, par le biais de la prévention ou du parcours des personnes. La future loi de programmation pour l’adaptation de la société au vieillissement devrait nous y aider.
Enfin, j’aimerais que la CNAM, la CNAV et la CNAF intègrent le Conseil de la CNSA pour faciliter ce décloisonnement. Je suis convaincue que les choses continueront d’évoluer grâce à l’implication de tous, usagers, fédérations, conseils généraux...

Interview parue dans la Lettre de la CNSA n°25.


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