Travailleurs handicapés : de l’huile dans les rouages de l’insertion extrait du JAS de novembre

Pour les personnes reconnues travailleurs handicapés, conserver son travail ou en trouver un tient encore trop souvent du parcours du combattant. Avec un taux de chômage de 22 %, soit le double de la moyenne nationale, une qualification moindre et de nombreux freins, un accompagnement global vers l’emploi s’impose. Alors que le gouvernement s’est engagé à faire bouger les lignes et qu’un groupe de travail se met en place à la CNSA (voir encadré), retour sur des expériences prometteuses.

Aujourd’hui, il existe un véritable panel de prestations d’évaluation ou de formation à destination des personnes handicapées mais leur financement, leur prescription et leur réalisation relèvent d’opérateurs différents. Il n’est pas rare qu’une même personne ait à subir trois bilans successifs, prescrits pas trois acteurs différents, avec trois financements. Un gâchis et une source de démotivation pour des bénéficiaires déjà fragilisés”, regrette Laurence Marin, référente pour l’insertion professionnelle à la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) des Yvelines, après 15 ans passés à l’ANPE. Un constat qui a conduit la MDPH 78 à s’engager depuis plusieurs années dans un partenariat étroit, formalisé par une convention, avec le service public de l’emploi.

Organiser la coopération des acteurs


Car comme le rappelle Dominique Denece, l’équivalent de Laurence Marin à la Maison de l’autonomie (MDA) du Morbihan : “La MDPH s’occupe d’évaluer les besoins des personnes puis de mobiliser les bons acteurs de l’orientation professionnelle mais pas de leur trouver un emploi. Si une personne a été orientée vers le marché du travail, c’est le rôle de Pôle emploi, de Cap emploi ou des missions locales de l’accompagner avec des prestations adaptées. Il est donc indispensable d’articuler au mieux l’intervention de la MDPH et celle du service public de l’emploi (SPE)”. Une coordination qui doit se faire en amont des décisions prononcées par la CDAPH, déterminantes pour le parcours d’insertion professionnelle de la personne, qu’il s’agisse d’une attribution de reconnaissance de qualité de travailleurhandicapé (RQTH), d’une orientation vers un dispositif de formation/ préorientation, vers le milieu protégé ou vers le marché du travail. Dans les Yvelines, comme dans le Morbihan, le service public de l’emploi contribue activement aux travaux de l’équipe pluridisciplinaire chargée d’établir les préconisations soumises à la CDAPH. Il y apporte l’expertise de ses psychologues du travail ou de ses référents handicap en matière d’évaluation ou de prestations d’orientation professionnelle spécialisées (POPS). Ainsi, les référents handicaps de Pôle emploi, animés par une chargée de mission dans les Yvelines, participent régulièrement aux réunions des équipes pluridisciplinaires. “Je suis une personne- ressource pour mes collègues, pour les partenaires et pour la MDA”, confirme Céline Rollot-Suchet conseillère Pôle emploi dédiée aux travailleurs handicapés dans le Morbihan. “Ma bonne connaissance des bassins d’emploi et des besoins des entreprises m’autorise aussi à apporter un avis, lors de ces réunions, en termes de débouchés professionnels”. Dans les Yvelines, au-delà d’une connaissance partagée des dispositifs par l’équipe pluridisciplinaire, l’échange d’informations sur le parcours de la personne est formalisé depuis un an et demi dans le dossier unique du demandeur d’emploi (DUDE), outil de suivi des demandeurs d’emploi. La MDPH en partage l’accès avec le conseiller Pôle emploi, tout comme elle peut avoir connaissance des prestations d’accompagnement déjà mises en place.

Approfondir nos connaissances


Reste que notre système d’accès à l’emploi est peu adapté aux personnes qui en sont les plus éloignées. Aussi, dans le Morbihan, une attention particulière est portée aux bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés (AAH). Entre juin 2011 et 2013, comme dans neuf autres départements, la MDA a expérimenté une évaluation de leur employabilité, à travers la mise en place d’un bilan médico, socio, psycho professionnel sur trois mois : “60 primo demandeurs de l’AAH en ont bénéficié afin de mieux connaître leur parcours antérieur, de repérer leurs difficultés, de faire émerger leur projet professionnel et de le tester en situation professionnelle. Les évaluations discutées en équipe plurisdisciplinaires et en CDAPH ont permis de rapprocher les partenaires de la MDPH autour de ces personnes. Et certaines, en grande difficulté, ont pris conscience de leurs capacités et construit un projet”, se félicite Dominique Denece. Evaluée nationalement en juillet dernier, l’expérimentation sera d’ailleurs étendue à trente nouvelles MDPH en 2014, avant une généralisation programmée en 2 017. Autant d’exemples à suivre qui concourent à favoriser un accompagnement plus global de la personne dans la définition de son projet professionnel mais aussi à faciliter la mise en œuvre des décisions de la CDAPH par les nombreux acteurs et éviter doublons et ruptures de parcours.

Extrait du Journal de l’action sociale de novembre 2013. Le Journal de l’action sociale et du développement social publie chaque mois, avec le concours de la CNSA, une double page consacrée à l’aide à l’autonomie. Retrouvez ici tous les articles parus depuis septembre 2008.

(11 décembre 2013)


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