Du sang artificiel transfusé avec succès chez l’homme

L’équipe du professeur Luc Douay, de la faculté de médecine Pierre-et-Marie-Curie, à Paris, a réussi à transfuser avec succès chez l’homme des globules rouges créés en laboratoire à partir de cellules souches.

Les résultats de cette première mondiale ont été publiés vendredi 2 septembre dans Blood , la revue scientifique de la Société américaine d’hématologie.


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En quoi consistent les travaux du professeur Douay ?
Face au risque de pénurie dans le domaine de la transfusion sanguine, de nombreux chercheurs planchent à l’heure actuelle sur la création de sang artificiel. Plusieurs voies sont explorées : les biotechnologies, la fabrication chimique à 100 % ou les cellules souches. C’est le domaine expérimenté depuis dix ans par le professeur Douay. L’objectif de ses travaux est de produire en laboratoire des globules rouges pour la transfusion à partir de cellules souches.

Dans un premier temps, l’équipe a réussi à produire en laboratoire des globules rouges matures et fonctionnels à partir de cellules souches du sang, que l’on trouve à la fois dans la moelle osseuse et en grande quantité dans le sang de cordon ombilical.

Lors d’une deuxième étape, des globules rouges ont été générés à partir de « cellules souches pluripotentes adultes » : ces cellules prélevées chez l’adulte – dans n’importe quel organe – retrouvent après une manipulation génétique toutes les caractéristiques des cellules souches embryonnaires, c’est-à-dire qu’elles sont capables de se différencier en toutes les cellules du corps humain. Elles ne posent pas les problèmes éthiques des cellules souches embryonnaires, dont la manipulation entraîne la destruction de l’embryon, et qui ne peuvent faire l’objet de recherches (sauf dérogations très limitées).

Une étape décisive a-t-elle été franchie ?
L’équipe de chercheurs a montré que ces globules rouges fabriqués en laboratoire et transfusés pour la première fois chez l’homme se comportaient comme des globules rouges « naturels ». En l’occurrence, l’expérience a été menée à partir de cellules souches du sang prélevées chez un donneur volontaire. Cultivées en laboratoire, elles ont ensuite été réinjectées à ce même volontaire… Elles y ont survécu et terminé leur maturation de manière tout à fait normale. « C’est un résultat plus qu’encourageant, estime le professeur Douay. Un pas décisif vient d’être franchi. »

Quelles sont les perspectives ?
Le sang artificiel ne va pas remplacer demain les besoins en transfusion classique. Loin de là. « Il faut que nous passions dorénavant au stade de production en quantité industrielle », tempère le professeur Douay. Une étape qui est préparée dans le cadre d’un consortium avec l’Établissement français du sang et ne devrait pas aboutir avant plusieurs années. Il faut en effet créer la « machine » à fabriquer les globules rouges. Et trouver la « meilleure source » pour l’alimenter : les cellules souches du sang ou les cellules souches pluripotentes adultes.

Les bénéficiaires potentiels pourraient être d’abord les malades ayant besoin de transfusions très fréquentes et qui finissent par rejeter les globules rouges injectés, les personnes de groupes sanguins très rares, qui ne trouvent de donneurs que dans leur famille, ou encore les pays en voie de développement qui ne disposent pas de système de transfusion classique mature.



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